Christian B. nous propose un parcours inédit pour notre association : hors des sentiers balisés dans sa partie technique, aérien et vertigineux, il est comparable aux « sangles » de la Chartreuse. Il comporte des passages exposés sur vire et des pentes herbeuses très raides, où il faut parfois poser les mains – enfin, à quelques exceptions près…
Nous sommes huit à l’accompagner pour découvrir ce bel itinéraire du Vercors, peu fréquenté et, pour ceux qui le connaissent, référencé par Pascal Sombardier dans son livre « Vertige des cimes ». C’est peu dire que ce parcours est réservé exclusivement aux randonneurs et aux randonneuses expérimentés, aguerris au vide et très habitués aux terrains alpins délicats.
Toutefois, un élément conviendra à tous : c’est sous un soleil radieux que se déroulera la journée.
Depuis le parking des Espinasses, lieu-dit sur la commune de Villard-de-Lans, le groupe se dirige vers le point « La Ya », 1 215 m, duquel il prend la direction de Combe-Chaulange. Sur un peu plus de 300 mètres, la petite piste forestière s’élève gentiment puis débouche sur un sentier. Très progressivement, la pente s’accentue sérieusement. Ainsi, le groupe atteint très vite des hauteurs dégagées offrant une belle vue sur la commune de Villard-de-Lans et sa vallée. Nous y assistons au pré-envol, puis au vol, d’une jolie montgolfière dont l’enveloppe semble ceinte de plusieurs guirlandes multicolores : joli spectacle aérien.
Au-delà de nos désirs aéronautiques, il convient que nous gardions les pieds sur terre afin de continuer notre montée vers Font Froide, 1 500 m, et de là rejoindre le col de l’Arc, 1 736 m. Depuis ce point, profitant d’une pause, Christian nous désigne l’arête est des Crocs, par laquelle nous rejoindrons sa vire tant convoitée. Du col de l’Arc, seule la direction du pic Saint-Michel est indiquée. Tous les randonneurs et randonneuses que nous croisons en ce lieu la suivent. Notre groupe est le seul à emprunter le sentier opposé, non balisé, qui mène vers l’abrupte et vertigineuse rampe est !
Mon acrophobie devrait-elle s’en inquiéter ? Plus de choix maintenant : s’il faut boire le vin quand il est tiré, il faut savoir braver sa phobie au pied de la pente. Donc, plus décidé que résigné, je suis la petite colonne jusqu’au pied de l’arête, où un chamois dérangé s’échappe débonnairement à notre approche. Me vient à l’esprit une maxime de mon cru : là où le chamois se divertit, l’acrophobe s’endurcit.
Bon, pour le style, c’est tout autre : certains et certaines d’entre nous semblent n’avoir aucune difficulté à garder la position du marcheur debout. Nous sommes en revanche un petit nombre à régresser dans la position, ô combien rassurante, mais pas très artistique, de quadrupèdes qui se seraient empêtré les pieds, ou plutôt les sabots, dans les mailles de rets imaginaires. Tant pis pour le style, pourvu que l’on continue notre montée, ponctuée, de-ci de-là, de petits passages où il convient de mettre les mains, même pour les bipèdes les plus sûrs.
Au débouché de la rampe, se présente à nous le tracé de la vire. En effet, elle semble être une copie des « sangles » de la Chartreuse. Nous nous y engageons. Belle trace à flanc de pente, qui nous paraît facile après le franchissement de l’arête d’accès. Nous contournons un promontoire rocheux et, après deux petits pas d’escalade, nous débouchons sur la crête des Crocs. Un joli panorama s’offre à nous. Nous en verrons d’autres depuis la Pierre Virari, que nous rejoignons en suivant le chemin de crête. Un vent frais s’est levé.
Le temps de laisser galamment ces dames chercher et trouver un lieu à leur convenance abrité du vent, mais offrant une vue dégagée, entre la Pierre et les Rochers de l’Ours, nous prenons la pause repas.
Celle-ci terminée, nous faisons un petit aller-retour à la Main de Grenoble, formation rocheuse surprenante dont la forme et le dessin des doigts ressemblent à s’y méprendre à un métacarpe minéral.
Revenus sur nos pas, nous entamons la montée vers le sommet des Rochers de l’Ours, point culminant du jour, 2 006 m. Ensuite, nous nous dirigeons vers le Roc Cornafion, objet d’un désir prochain, que nous éviterons en passant par la combe de Pissavache. Pour sortir de cette dernière, encore un petit coup de reins, le dernier de la journée, afin de rejoindre le sentier terminal de retour. Celui-ci passe par la combe de Lurbeillet, puis par celle de la Crose ; nous empruntons ensuite, à sa suite, la piste qui nous ramène au point de départ.
Une belle boucle, au parcours diversifié, certes exigeante d’un point de vue technique et physique, avec 1 078 m de dénivelé sur 13,25 km de distance, mais d’une réelle beauté. Elle est caractérisée par un itinéraire atypique, des caractéristiques géologiques telles que la Pierre Virari et la Main de Grenoble, et la vire et les crêtes singulières des Crocs.
Le pot de l’amitié en fin de journée vient parfaire le tout.
Merci à Christian B. pour cette belle découverte.
NB : mon acrophobie et moi sommes tout autant ravis. Pourvu que ça dure ;-).
Pascal V.

























































