Trou de l’Enfer (Bauges)

Le Trou de l’Enfer tire son nom de caractéristiques à la fois géomorphologiques et populaires. Le site est un ravin encaissé et sauvage, creusé par les eaux tumultueuses de la Leysse, à proximité du torrent de la Ternèze, depuis le retrait des glaciers. Dans la toponymie alpine traditionnelle, les gorges encaissées, sombres, bruyantes et difficiles d’accès, où l’eau tourbillonne dans un vacarme assourdissant, étaient fréquemment qualifiées de « trous de l’enfer » ou de « diableries » par les populations locales.
Comme pour braver les mythes et les frayeurs populaires, nous sommes treize à nous retrouver au départ de cette randonnée en balcon le long des gorges de la Leysse et dans les anciens vignobles de Saint-Jean-d’Arvey.
Le sentier, sans être franchement difficile, peut être un peu raide et glissant. Il permet surtout de découvrir de superbes points de vue sur la Leysse, sur les falaises du mont Peney et sur le mont Margériaz.
Depuis le parking de la salle des fêtes à Saint-Jean-d’Arvey, 565 m, par une belle journée d’automne, le groupe se dirige vers le sentier des Vignes puis l’emprunte.
C’est un joli sentier à flanc de coteau qui, jadis, probablement, traversait des vignobles, mais qui, de nos jours, court à travers bois. En cette saison, les senteurs boisées automnales y remplacent le parfum des treilles d’antan aux raisins mûrs, source d’une vendange — j’imagine — donnant une piquette à faire des centenaires, comme le chantait Jean Ferrat pour ceux qui connaissent son répertoire.
Au point « Sous le Château de Salin », 512 m, nous prenons la direction de la passerelle du Trou de l’Enfer via Les Chaussis, 540 m. La passerelle est de type himalayen, suspendue au-dessus des gorges de la Leysse avec une vue spectaculaire sur le canyon de la Ternèze. Le site est très pittoresque et la passerelle reste modeste comparativement à celles du lac de Monteynard, vues lors d’une randonnée organisée en septembre dernier.
Après l’avoir traversée, il nous faut remonter très franchement pour rejoindre le point Les Lantillières, 510 m, qui symbolise la sortie des gorges. À ce stade, nous avons fait, sur 3 km d’un parcours total d’un peu plus de 11 km, l’essentiel du dénivelé positif de la journée. Sans côtoyer de hauts sommets, ce premier tronçon requiert tout de même un bel effort.
Des Lantillières, suivant la route du Chêne, nous rejoignons le point Le Verger, 604 m, d’où nous prenons la direction de Thoiry. Au niveau d’un joli four à pain, nous suivons sur notre gauche le chemin du Moulin qui traverse un bois dans lequel serpente le ruisseau du Chêne.
Peu après la sortie du bois, nous parvenons à Thoiry. Nous le traversons en suivant la route du Chef-Lieu (D21), que nous quittons pour emprunter sur notre gauche le chemin des Crêts. Nous évitons ainsi le passage par la croix de Marteray et le parcours routier d’un relatif intérêt pédestre qui y mène.
Au sortir du hameau marquant la fin du chemin des Crêts, nous suivons celui de la Bauche afin de rejoindre le point Moulin Pachoud, 585 m, et un peu plus bas sa jolie passerelle rigide enjambant la Leysse. Le site est tout désigné pour la pause repas du midi.
Quant au Moulin Pachoud (aujourd’hui en ruines), il a été construit en 1728 et utilisait l’eau de la Leysse pour moudre le blé et produire de la farine. Existent encore sur place certains murs de fondation envahis par une épaisse mousse.
La pause repas terminée, il ne nous reste plus qu’à rejoindre le point de départ par un itinéraire plus bitumé suivant les routes du Four puis du col de Plainpalais, où vigilance et prudence sont de rigueur.
Hormis la partie routière terminale, cette randonnée offre une belle variété de sentiers et de sites pittoresques de l’histoire des Bauges. Bien qu’elle ne soit pas difficile, il conviendrait de ne pas trop s’y aventurer par temps de pluie si l’on veut apprécier pleinement ses 11,7 km de marche et ses 400 m de D+.
J’ai eu le plaisir d’accueillir sur cette randonnée, pour leur première, quatre « testeurs » des sorties du vendredi, Pierrette, Jean-Claude, Marcel et Thierry. Ce sont peut-être de futurs adhérents et une future adhérente, comme l’atteste leur joie de partager avec le groupe des habitués le pot de fin de randonnée.
Pascal V.