Un sommet mythique de Belledonne, les Grands Moulins, que j’ambitionnais de faire depuis longtemps et, visiblement, je n’étais pas le seul car nous nous retrouvons à 14 au départ, parking de Val Pelouse, ancienne station de ski au-dessus d’Arvillard. L’itinéraire classique est de suivre le GR 738 qui passe par le refuge de la Perrière, cabane non gardée, talentueusement rénovée en 2018. Nous la verrons au retour, car à la montée, nous prenons la variante par l’arête N.-O., plus ludique et surtout par le versant exposé à l’adret, ce qui nous permettra d’éviter une montée par l’itinéraire classique, plus ensoleillé. Ce choix s’avérera pertinent, car la journée est annoncée très estivale. Nous le ressentons dès le départ, car, même à son altitude de 1750 m, les températures matinales sont déjà relativement élevées. Nous verrons par la suite que des passages nuageux nous protégeront de leurs ombres appréciables en période de canicule.
Du parking, en rejoignant le panneau directionnel Val Pelouse, nous suivons la direction du col de la Perrière. Nous engageons notre marche par une montée régulière suivant pistes et chemins au travers d’alpages où nous croisons des vaches très paisibles et nullement dérangées par notre présence. Ainsi, entre alternance de chemins et sentiers ombragés évitant les bouses de vaches déposées çà et là, nous rejoignons le sentier des crêtes de Gargoton duquel nous voyons très nettement le col de la Perrière en contrebas, mais, surtout, le profil de l’arête N.O., dernier obstacle avant le sommet.
Une pause au col pour reprendre notre souffle et nous entamons la montée. Au menu quelque 300 m de dénivelés positifs sur environ 1,5 km de montée avec, par endroits, des pourcentages à 60 %. Même en cette période de Tour de France les pros de la petite reine ne gravissent pas de tels pourcentages… Je m’égare, restons les pieds sur terre et entamons la belle grimpette du jour.
Le groupe s’étire lentement. Chacun suit à son rythme. Régulièrement, Christian, l’animateur du jour, s’assure que tous et toutes montent sans trop de difficultés. La pente est rude. Par endroits, le chemin escarpé appelle à la prudence et oblige à quelques contorsions, mais s’il faut rester prudent, rien de réellement dangereux, foi « d’acrophobe » ! A contrario, les passages successifs d’amoncellement de cailloux, certains très gros, tels des amas de moraines qui auraient été laissés là par d’anciens glaciers ralentissent et rendent la marche acrobatique. Que de cailloux ! En fait plus que des moraines, il s’agit de chaos granitiques formés, pour faire très court, par des mouvements magmatiques du temps de la formation de la terre – un temps, que même les randonneurs et randonneuses de plus de vingt ans de notre groupe n’ont pas connu – Ainsi, une des hypothèses quant à l’étymologie de nom des Grands Moulins viendrait peut-être de Moulinas, “grands clapiers d’éboulement”.
Enfin, nous parvenons au sommet tant convoité, 2595 m. Un nain figé dans une posture de salut semble vouloir nous accueillir. Malgré une couche nuageuse et une brume de chaleur nous occultant le panorama, ce belvédère reste un joli panorama 360°, pour certains, nous devinons plus que voyons les sommets alentours avec, au Sud, Belledonne et le Grand Charnier, le pic du Frêne et le Grand pic de Belledonne en toile de fond. À l’ouest, le massif de la Chartreuse avec, notamment, la barre rocheuse allant de la dent de Crolles au Granier. Au nord, la cluse de Chambéry et le massif des Bauges. À l’est, toutes les richesses des massifs savoyards avec le Grand Arc et la chaîne de la Lauzière, le massif de la Vanoise, la Grande Casse et le mont Pourri (pas très visible). En arrière-plan, mais nous ne le verrons pas, car masqué par des brumes opaques, le Mont Blanc.
Nous nous installons légèrement en contrebas de la statue du gnome pour la pause-déjeuner. Le soleil jouant à cache-cache avec les nuages, une petite fraîcheur se fait ressentir nous encourageant à mettre une couche supplémentaire. Le repas terminé, nous entamons la descente de retour par l’itinéraire classique. Encore un parcours bien caillouteux jusque rejoindre la côte, Sous les Grands Moulins, 2113 m. A ce point, Christian nous propose une option pour nous rendre sous la pointe de la Frèche, 2230 m. Nous serons neuf à suivre cette variante, les cinq autres se rendant directement, pour attendre notre retour, au refuge de la Perrière, 1850 m.
Pour les courageux curieux optant pour la variante, un joli cadeau, en plus d’un point de vue différent, leur est offert. De jeunes bouquetins paisibles se laissent observés et photographiés à volonté. Au retour, passant par la côte Sous le col de la Frèche, 2172 m, nous prenons une variante afin d’effectuer une petite boucle et rejoindre, après quelques hésitations et une descente hors trace, le col de Frèche, 2183 m. De là, direction, par une courte descente bien accentuée, la côte Sous la Frèche, 2136 m, de laquelle, nous rejoignons le refuge de la Perrière où nous attendent patiemment nos cinq compagnons de marche. De nouveau réunis, collégialement, nous regagnons le point de départ.
De retour au parking, sur tous les visages, que des sourires pour exprimer la joie d’avoir inscrit à leur palmarès pour la majorité d’entre nous ce sommet tant convoité de Belledonne. Et ce n’est pas les 1000 m de D+ et les 10 km du groupe variante où les 900 m de D+ et les 9 km du groupe refuge Perrière qui vinrent nous faire regretter cette belle journée de montagne, en atteste la bonne humeur générale lors de la pause fraîcheur traditionnelle sur la route du retour. Merci à Christian B pour nous avoir fait découvrir ce bel itinéraire.
Pascal V.


























